Quand Noaïevã ouvrit les yeux le lendemain matin, le soleil était déjà haut dans le ciel. Encore endormi, il sortit de son lit sans réfléchir à sa hauteur et s'étala par terre dans un vacarme assourdissant. Alienãvã apparut à la seconde, vêtue d'une serviette, la bouche maculée de dentifrice et armée de sa brosse à dent. Ils éclatèrent de rire simultanément, se moquant aussi bien d'eux-mêmes que de l'autre. Elle claqua des doigts et fit disparaître le dentifrice avant de se précipiter vers Noaïevã, hilare.
- Et alors, Noaïevã, tu ne t'es pas assez fait remarqué hier que tu te sentes obligé de causer pareil remue-ménage dès ton réveil ?
Le garçon éclata de rire et attrapa la main qu'elle lui tendait pour se relever.
- Cette tenue te va à ravir, Alienãvã, répliqua-t-il.
- Merci mais excuse-moi, je préfère tout de même en passer une autre. J'essaierai qu'elle te plaise autant.
Et elle disparut à nouveau.
- Bien dormi, cela dit ?, demanda-t-elle, depuis la salle de bain.
- Tu me plais toujours, Alienãvã, répondit-il.
Il fit apparaître un fauteuil et s'y laissa tomber.
- Je prends ça pour un oui et maintenant que je te vois si en forme, nous avons rendez-vous dans trois-quarts d'heure chez Mayer Liaché. Les autres nous rejoignent là-bas. Il faudrait donc que tu t'actives plutôt que de crâner avec ce fauteuil.
En effet, il s'amusait à varier la texture, les tons et coloris de son fauteuil et souriait au souvenir du visage radieux d'Alienãvã suite aux propos élogieux de son professeur.
- Et cesse de sourire béatement, Noaïevã, se moqua-t-elle.
D'un claquement de doigts, elle fit disparaître le fauteuil et Noaïevã se retrouva brusquement éjecté, les fesses au sol, à la joie de son amie. Elle éclata de rire.
- Ok, ok patron, maugréa-t-il, je m'active.
Il prit la direction de la salle de bain et entreprit de se faire couler un bain.
- Et on oublie les trois-quarts d'heure de préparation aujourd'hui, monsieur l'employé, précisa-t-elle de la pièce voisine.
- Bien patronne !, rétorqua-t-il, pourtant agréablement allongé dans la baignoire remplie d'eau mousseuse et chaude.
Et une demi-heure plus tard, il y était toujours !
- Noaïevã !, hurla la jeune fille.
Elle tambourina contre la porte.
- Si à trois, tu n'ouvres pas, j'entre, le menaça-t-elle.
- Non !, protesta-t-il.
- Alors, active-toi !
- Mais tu avais dit : pas trois quart d'heure !, j'ai encore quinze belles minutes devant moi..., répliqua-t-il malicieusement.
- Ne m'oblige pas, Noaïevã.
- Tu n'oserais pas !
- Oh ! Tu sais, pour le nombre de fois où je t'ai vu nu, je ne m'en offusquerais plus !, railla-t-elle.
- Deux fois, ma belle ! Par contre, moi..., commença-t-il, sûr de son effet.
La porte s'ouvrit à la volée.
« Euh... erreur de diagnostic ! », songea-t-il.
Il ramena vivement la mousse autour de lui.
- Hé ! Je sais que toutes les excuses sont bonnes pour admirer mon corps de mannequin mais dehors, mam'zelle !
Il claqua des doigts et elle s'éleva dans les airs, survola la pièce jusqu'au seuil de la porte et il referma la porte de l'autre main en l'abandonnant dans le salon.
- Ola Noaïevã ! ça ne se passera pas comme ça !, rétorqua-t-elle après avoir fait à nouveau irruption dans la salle de bain.
- Je me lève si tu ne sors pas de suite !, déclara-t-il en se trompant une fois encore dans sa prévision.
- Si tu crois que cela m'impressionne !
Il ne bougea pas, cherchant une contre-attaque mais elle le devança :
- Et bien, Noaïevã, on se dégonfle ?, se moqua-t-elle.
Et comme il venait de le faire, elle claqua des doigts et il se dressa dans l'eau.
Rouge de honte, il lui sourit malgré tout, l'air carnassier.
- Ah, c'est comme ça ! Très bien.
Et d'un nouveau claquement de doigts, sa robe mauve disparut et la laissa nue.
- Noaïevã !, s'écria-t-elle.
Gênée, elle se couvrit son corps comme elle le put à l'aide de ses mains. Bien que tout aussi honteux, Noaïevã ne put retenir un sourire. Leurs regards se croisèrent et lurent dans les yeux de l'autre la même étincelle amusée et séduite. A l'instant où leurs mains dévoilaient inconsciemment leur corps, la sonnette retentit.
- Aly ! Noaïevã ! Qu'est-ce que vous fichez encore ?, s'exclamèrent Sélifià et Silyana.
Ils échangèrent un regard angoissé avant de se revêtir en un clin d'oeil et de se précipiter vers la sortie.
- On est là !, clamèrent-ils à l'unisson.
Alienãvã ouvrit la porte tandis que Noaïevã rangeait d'un clignement d'yeux la salle de bain et le salon. Ils suivirent ensuite les deux soeurs jusqu'à la maison de leur professeur. Toutes deux discutaient encore de Noaïevã tandis que les deux amis ne disaient mot, trop gênés par la scène que les deux filles avaient interrompue.
« M'enfin Noa, qu'est-ce qui t'a pris de la déshabiller ? » se maugréait-il.
Ils parvinrent enfin à une sublime maison étincelante. Sur la façade s'étalait une magnifique fresque. Elle représentait l'envol de milliers de Viltanioliens. La diversité des coloris de leurs ailes rendait l'illustration somptueuse.
Mayer Liaché les fit entrer et ils prirent place aux côtés de leurs amis déjà tous installés.