Iliaféen 6

Iliaféen 6
Quand Noa ouvrit les yeux, il se trouvait seul sous la chaude couverture emplie de l'envoûtante odeur de son amie. Il ne put s'empêcher d'y plonger son visage pour s'en imprégner. Il se leva, se lava sommairement dans un petit étang non loin de là et se rhabilla. Il était encore en caleçon quand Alienava le rejoignit. Elle avançait avec grâce, survolant l'herbe fraîche et scintillante de rosée. Les pans de sa robe, transparente sous l'éclat du soleil, voletaient autour de son corps.
- Bien dormi ?
- Super et toi ?
- Toujours chez soi.
- Surtout quand le chez soi en question est si beau.
- Denstaliunä, lui répondit-elle en souriant.
Noa lui rendit son sourire :
- Tu vas me filer un dico Viltaniolien- Français, ça t'évitera de jouer les interprètes !
Elle rit et lui expliqua :
- Denstaliunä signifie merci. Il doit exister des dicos si tu y tiens vraiment. On va vérifier chez mon oncle ou on continue à batifoler tout le reste de la journée ?
- Proposition 2 ? , avança-t-il timidement.
- C'était pas vraiment une question, rétorqua-t-elle en souriant.
Et sur ces mots, elle décolla.
Noa la regarda et attendit.
Enfin, elle se retourna et s'envoya une claque sur le front en redescendant.
- Il est bien joli ton pays sans parler de tes petites ailes mais je n'ai pas bénéficié de la même promo à l'arrivée, moi ! , se moqua-t-il.
- Calnaray, répondit-elle en souriant.
- Désolée, je présume ?
- Woaw, Noa ! Tu deviens doué !
- Comment ça « deviens » ? Mais je l'ai toujours été ! , se vanta ce dernier.
- La prétention ne te va pas, Noa. Je te trouve bien plus attirant humble.
La flèche atteignit sa cible :

- Attirant ? , répéta-t-il en reprenant son sérieux.
Elle opina en lui saisissant la main. Et sans lui laisser le temps de répondre, elle décolla à toute vitesse. Il ne put retenir un cri de stupeur mais le bruit du vent l'empêcha de se moquer de lui. Bien vite, ils distinguèrent les contours d'une ville. Les habitations n'avaient pas leurs pareilles chez Noa : on aurait dit d'énormes blocs de verres flottant à environ 3 mètres du sol. Elles étaient réparties en de multiples tourelles raccordées entre elles par de vertigineux escaliers semblables à des fils d'araignée volant entre ces cylindres scintillants de toutes les couleurs. Alienava atterrit au sommet de l'un de ces étranges bâtiments. Il fallut quelques temps à Noa pour recouvrer son équilibre, appuyé au bras de son amie. Quand il parvint à ouvrir les yeux sans que ne lui prenne l'envie de vomir, il constata son changement de tenue. Plus raffinée, elle portait une longue jupe blanche parsemée de mauve et un corset mauve pâle percé dans le dos pour laisser libre place à ses ailes. Un collier de pierres précieuses blanches ornait son cou, assorti à la barrette dans ses cheveux.

- Mon oncle nous attend. Compte tenu de ton adoration pour les vols, nous descendrons à pied.
Noa la suivit sans répondre, trop fasciné pour trouver ses mots.
- Où vit ton oncle ? , finit-il par articuler.
- 4 étages plus bas.
- Pourquoi avoir construit des tours en hauteur ?
- Tu t'habitues vite à l'exceptionnel, Noa ! Ne commencerais-tu pas par « comment » ? Enfin, pourquoi ? Pour éviter les inondations. Viltaniola est un pays extrêmement humide. Il n'y pleut jamais mais le sol regorge d'eau. On compte environ 20 000 Helsäf - excuse-moi, lacs - et une soixantaine de maenikä - euh mer - et un nombre incalculable de fleuves et de rivières. Lorsque Diasiuny, la déesse de la Terre, se met en colère, le sol tremble et l'eau déborde. C'est pour prévenir à ce genre d'accidents que nos Karsnio - des magiciens - ont mis au point ce système de ville flottante. Ils ont donc jeté un sort d'élévation sur l'ensemble des bâtiments qu'ils réactivent mensuellement. L'effet mur de verre n'est qu'illusoire. On ne peut voir à l'intérieur des maisons. Sur les murs ont été peintes des illustrations de l'histoire viltaniolienne.
Noa resta pantois. Dans quel monde fabuleux était-il tombé ? Il se retourna vers la belle viltaniolienne qui le détaillait, amusée.
- Alors, qu'en penses-tu ?
- C'est... c'est...
D'un coup, les mots d'Alienava lui revinrent à l'esprit : « je te trouve bien plus attirant... »
- ... équivalent à votre beauté, professeur, répondit-il, un sourire charmeur suspendu aux lèvres. Enfin, presque, ajouta-t-il encore.

Elle sourit en rougissant discrètement.
- Allez mister, on accélère !
Ils descendirent les 4 étages, riant et s'émerveillant de la magnificence de la ville.
- Qui est ton oncle, Alienava ?
- Mayer El'Sakarn.
- Mayer, c'est son prénom ?
- Non, pas vraiment, se moqua la jeune fille. Mayer signifie maître.
- Ah... et maître en quoi ?
- Dans son cas, c'est plutôt complexe : Il a étudié de nombreux phénomènes démographiques et s'emploie à répondre aux questions de la population.
- Effectivement, c'est complexe.
Noa se tut, apparemment plongé dans une profonde réflexion :
- Y a-t-il seulement une chose qui ne soit pas complexe chez toi ?, reprit-il.
- Euh... , répondit Alienava.
- Laisse-moi réfléchir : On construit des maisons à 3 mètres de haut, on apprend à lire à 3 ans, chaque habitant se sent l'obligation de se chercher la profession la plus complexe possible et pour ne rien arranger, les architectes prennent un malin plaisir à construire des rues impraticables ! Au moins, on peut être certain de ton appartenance à ce monde !, acheva-t-il sous les éclats de rire de son amie.
- Mais il y a autre chose qui ne laisse aucun doute pour ta nationalité... , reprit-il.
Son air taquin s'envola pour un sourire tendre :
- Tout n'est que beauté ici...

# Posté le mercredi 09 août 2006 14:09

Modifié le mardi 19 décembre 2006 12:05

Annexe vocabulaire

Viltaniolã
Pays d'origine d'Alexandra, monde parallèle à celui de Noa.

Alienãvã
Nom viltaniolien d'Alexandra et signifiant "étoile filante".

Aëvã
Terme viltaniolien signifiant étoile.

Alegriano
Nom viltaniolien d'Axel, le frère jumeau d'Alexandra.

Skiarn
Terme viltaniolien signifiant frère ou soeur.

Helenskäf
Bois dans lequel attérissent Alexandra et Noa à son arrivée en Viltaniola. Ce bois borde la ville d'Ilniaria.

Ilniaria
Ville dans laquelle vit Alexandra en Viltaniola.

Niuviã
Terme viltaniolien signifiant lune.

Ikyone
Terme viltaniolien signifiant médecin.

Denstaliunä
Terme viltaniolien signifiant merci.

Calnaray
Terme viltaniolien signifiant désolé(e).

Helsäf
Terme viltaniolien signifiant lac.

Maenikä
Terme viltaniolien signifiant mer.

Diasiuny
Terme viltaniolien désignant la déesse de la Terre.

Karsnio
Terme viltaniolien signifiant approximativement magicien.

Mayer
Terme viltaniolien signifiant maître.

As
Déterminant viltaniolien équivalant à "une" ou à "la".

Es
Déterminant viltaniolien équivalant à "un" ou à "le".

Asde
Déterminant viltaniolien équivalant à "des" ou à "les" féminin.

Esde
Déterminant viltaniolien équivalant à "des" ou à "les" masculin.

Falaënéla
Terme viltaniolien signifiant voler.

Ildra
Terme viltaniolien signifiant parmi.

Iliaféen
Terme viltaniolien signifiant chapitre.

# Posté le jeudi 31 août 2006 14:03

Modifié le mercredi 18 octobre 2006 12:16

Iliaféen 7

Iliaféen 7
Alienava rougit devant le regard si doux de son ami.
- Tu dois aussi venir d'ici, alors, souffla-t-elle.
Mais si bas que Noa ne l'entendit pas et ils parvinrent en silence à la maison de Mayer El'Sakarn.
Celle-ci était en verre teinté d'un étonnant dégradé de bleus. La porte étincelait de sa couleur argentée. Ils entrèrent et se retrouvèrent au centre d'une gigantesque bibliothèque volante. Chacun des milliers de volumes flottait, rangé comme dans une véritable étagère. Noa en fut tant abasourdi que quand un homme pénétra dans la pièce, il ne le remarqua même pas.

- Alienava, Noaïeva, je vous souhaite le bonjour, déclara-t-il en s'inclinant vers eux.
- Je vous souhaite le bonjour Ovistër El'Sakarn, répondit Alienava.
Elle se tourna vers Noa :
- Avant que tu ne le demandes, Ovistër signifie oncle.
Et s'adressant à nouveau à son oncle.
- Noaïeva ?
- C'est le nom de ton ami, répondit-il sans cesser de fixer le jeune homme.
Noa sortit enfin de sa torpeur :
- Noaïeva ? Qu'est-ce que cela veut dire ?
- Noaïeva signifie l'habitant des étoiles.
Noa sourit et ne put s'empêcher de faire le rapprochement entre Alienava et lui-même.
- Comment vas-tu, Alienava ? Tu t'habitues à tes voyages ?, s'enquit El'Sakarn.
- Celui-ci est plus distrayant, répondit-elle en décochant un clin d'oeil à Noa.
- Comment saviez-vous que j'étais ici ?, demanda alors le jeune homme.
- Les Aeva me l'avaient annoncé.
- Comment va Alegriano ?, s'inquiéta-t-elle auprès de son oncle.
- Tout doucement, répondit-il.
- Ovistër ?
- Oui Alienava ?
- Est-ce déjà arrivé que des Ischianote parviennent en Viltaniola ?
- Jamais Aly, nous n'avons pas répertorié de nouveaux cas depuis ton entrée à l'Ischian.
- Mais peut-être sait-on maintenant s'ils ont la capacité de se métamorphoser comme je le fais ?
- Je ne sais pas, Aly, mais nous verrons bien vite, ajouta-t-il en adressant un sourire à Noa. Je m'excuse mais je vais devoir vous laisser. Désires-tu rester ici ou rentres-tu chez toi ?
- Je rentrerai bien à la maison. Merci Mayer, répondit Alienava en se retirant avec Noa.

Ils clignèrent des yeux afin de se réaccoutumer à la lueur éblouissante du jour.
- Ma maison est à l'autre bout de la ville, t'opposerais-tu vraiment à un petit vol ?
- Je sais que tes jambes sont magnifiques, chère amie. Néanmoins, un peu de sport ne fait jamais de mal.
- Et aussi bien foutu sois-tu, c'est toi qui vas faire du sport, répliqua-t-elle.
Un carte apparut.
- Voilà un plan de la ville. Ma maison se trouve...
Une croix rouge se dessina :
- ... là, tu n'as qu'à suivre les flèches.
Des flèches bleues tracèrent la route sur la carte.
- On se rejoint là-bas, acheva-t-elle en s'élevant dans le ciel bleu.
- Alienava ! Attends !
La jeune fille se retourna.
- Si je te porte, tu ne fatigueras pas non plus tes sublimes jambes...
Elle sourit :
- Et quel est l'intérêt de cette alternative ?
- Me commenter toutes les merveilles de ton pays et me gratifier de ton enchanteresse compagnie.

Elle rougit et redescendit aux côtés de Noa.
- Flatteur, se moqua-t-elle en se mettant en se mettant en route.
- Sincère. Tu marches quand même ?
- Je suis près de toi, te commente la visite, c'est ce que tu voulais. Mais je ne tiens pas à t'épuiser dès le premier jour.
Noa lui tendit la main :
- Vole mon Aeva.

# Posté le mardi 05 septembre 2006 12:03

Modifié le mardi 19 décembre 2006 12:04

Iliaféen 8

Iliaféen 8
Elle décolla en serrant sa main. Il survolèrent les immenses immeubles de verre et atterrirent sur le toit de l'un d'eux. La maison d'Alienava était du même mauve que ses ailes : pâle et scintillant. La porte, comme celle de la maison de son oncle, était d'argent. Ils entrèrent et Noa resta sans voix sur le seuil de la porte :
La lumière semblait venir de partout à la fois sous toutes les couleurs imaginables. Noa eut l'impression de flotter dans un arc-en-ciel rentré par la fenêtre. Le mobilier, entièrement blanc immaculé, renvoyait les lueurs des différents faisceaux colorés. Une énorme baie vitrée à la gauche de Noa laissait apparaître le paysage le plus grandiose qu'il n'eût jamais contemplé. Il s'en rapprocha et embrassa du regard la vue qui s'offrait à ses yeux. Un gigantesque fleuve serpentait entre les petites collines verdoyantes et fleuries. Les pensées confuses du jeune homme crurent y voir un énorme filet d'argent, large comme l'un des plus grands lacs de son monde, déversé du chaudron d'un distrait forgeron géant. Le filet s'écoulait sur un parterre multicolore de mille et une fleurs plus belles les unes que les autres. Le tout illuminé par les dernier rayons de l'énorme et brûlant soleil de Viltaniola. Ce paysage s'étalait jusqu'à perte de vue. Et Noa l'aurait contemplé jusqu'à en perdre la conscience si Alienava ne l'avait pas rappelé sur Terre.

- Noaïeva, murmura-t-elle en lui effleurant la joue.
Il remarqua alors les larmes qui coulaient le long de celle-ci et se retourna vers la jeune fille. La main de son amie caressait toujours son visage et elle-même semblait s'être perdue dans quelque contemplation. Les yeux pétillants mais diffus, les lèvres tremblantes, elle fixait Noa d'un regard vide. Il posa sa main sur celle d'Alienava et l'enlaça de l'autre main. Il la rapprocha lentement de son corps et leurs visages étaient maintenant proches au point de se toucher. Elle sortit alors de sa rêverie. Troublée, elle enfouit son visage dans les vêtements de son ami et se blottit entre ses bras.
Des coups frappés à la porte les séparèrent de leur étreinte. Gênés, ils se sourirent timidement et Alienava ouvrit la porte.
- Lichfia ! Ifia !
La jeune fille se jeta dans les bras du couple posté sur le pas de la porte.
Noa retrouva le nez droit de son amie dans les traits de l'homme et son sourire chez la femme.
- Mon Aly ! Comment vas-tu ma chérie ?
- Très bien et vous ? Où en êtes-vous dans vos recherches ?
- Oh, ça avance bien, répondit l'homme.
- Mais qui est ce charmant jeune homme, Aly ?, interrogea-t-elle.
- Oh ! pardon, Ifia je te présente Noaïeva. Noa, mes parents.
Noa s'avança et les salua d'une poignée de main mais ne sut que dire. Mais le père d'Alienava ne lui laissa pas le temps d'être gêné.
- Tu l'as appelé Noa ? Il est donc venu de Terre ?
- Oui, Noaïeva est Ischianote, il est arrivé hier avec moi !
- Comment est-ce possible ?, s'exclama son père, soudainement très excité.
- Je ne sais pas, Ovistër n'a pas su me répondre.

- Alienava, laisse donc un peu ce garçon s'exprimer, la coupa sa mère.
- Et bien, euh..., comme l'a dit Alienava, je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé. Cela faisait plusieurs jours que je l'observais lors de ses vols et ce soir-là, je lui ai saisi la main. J'ai perdu connaissance et à mon réveil, j'étais en Viltaniola.
- Et que penses-tu de notre monde ?, s'enquit l'homme.
- Oh, c'est absolument... magnifique !, balbutia-t-il. Encore faut-il que ce mot soit assez puissant, ce dont je doute. N'ayant pas la chance d'être bilingue, je ne saurais vous décrire dans votre langue l'émerveillement dans lequel me plonge ce premier jour ici. Je n'ai malheureusement que très peu visité mais d'après votre fille, je dispose de quelques jours pour profiter de mon voyage.
- Nous allons vous laisser visiter alors, répondit le père d'Alienava.
- Nous repasserons dans une petite semaine ma chérie, ajouta la mère. Il est très bien ce garçon, souffla-t-elle à l'adresse de sa fille tandis que Noa saluait son mari.
- Ifia !, protesta la jeune fille.
Elle lui sourit et sortit à la suite de son époux.
- Noaïe...
- Alien...
- Euh, vas-y, excuse-moi.
- Non, non, vas-y d'abord. galanterie oblige, ajouta-t-il en recouvrant ses moyens.
- Euh, je... excuse-moi pour tout à l'heure, bégaya-t-elle.
Noa se rapprocha, prit entre ses doigts la main d'Alienava. Elle glissait vers ses cheveux et s'y emmêlait, tic fréquent chez la jeune fille. Il serra la main de son amie.
- Pourquoi étais-tu triste, belle Aeva ?
- Non, il n'y a rien. Je ... euh, tu n'aurais pas envie d'un bain ?
- Sous-entendrais-tu que mon délicat parfum laisse à désirer ?
- Je n'ai rien à y reprocher, cette proposition relevait juste de la politesse et de la courtoisie, ingrat !
- Dans ce cas, j'accepte !
- Pourquoi, si je te disais que tu puais, tu refuserais ?
- Rien que pour me venger de cet outrage !
- Susceptible !
- Mais puisque Mademoiselle n'a rien à reprocher à ma personne, je ne me permettrai aucune manifestation de ce genre.
- Rien à reprocher à ton odeur, pas forcément à ta personne, très cher !
Elle ouvrit une porte sur ces mots et déboucha dans une salle vitrée sur deux versants et carrelée de blanc. Au centre de la pièce, un trou rempli d'eau turquoise l'attendait.
La vue de cette salle de bain suffit à couper à Noa l'envie de répliquer.

- Si je vivais ici, j'en mettrais du temps à me préparer le matin ! C'est merveilleux !
- Et bien, aujourd'hui, tu disposes de tout le temps que tu désires. Voilà une sortie de bain. A tout à l'heure.
Elle fit apparaître une serviette et sortit.
Une demi-heure plus tard, Noa ouvrit la porte de la salle de bain. Propre et reposé mais simplement vêtu de sa serviette de bain enroulée autour des reins.
Pour la centième fois de la journée lui semblait-il, il resta sans voix face à une vue enchanteresse : le coucher de soleil embrasait la pièce. Flottant paisiblement au centre de cet incendie, Alienava lisait.
Ce contraste de fougue et de sérénité l'émerveilla. Tant et si bien qu'il ne remarqua même pas que la serviette enserrant ses hanches glissait au sol. Alienava, en revanche, l'entendit et se retourna. Elle fut tellement gênée qu'elle perdit le contrôle et tomba sur les fesses aux pieds du jeune homme.
- Excuse-moi, souffla-t-elle, rouge de confusion.
Elle lui tendit prestement sa serviette.
- Je... Alie... euh.. merci, bégaya-t-il, tout aussi gêné. Tu.. enfin, mes vêtements n'étaient plus là et j'ai.. j'ai perdu... euh... ajouta-t-il en cherchant désespérément à retrouver contenance.
Son trouble l'amusa et elle parut soudain briller du même feu ardent que le soleil. Si le contraste perdait de son intensité, la beauté de la jeune fille n'en prit pas désavantage.
- Noaïeva ?
Elle se releva et effleura le corps nu de son ami. Leurs souffles se mêlaient et Alienava se rapprocha de son visage. Leurs lèvres allaient se rejoindre quand elle redevint elle-même. Elle lui sourit, rattacha la serviette autour des reins du jeune homme, plus troublé que possible. Il retint néanmoins ses mains.
- Alienava ?, dit-il d'une voix grave en attirant à nouveau le visage de la jeune fille du bout des doigts.
- Oui ?, répondit-elle d'une voix douce.
- Je suis heureux d'être ici avec toi, de découvrir toutes ces choses si belles en ta compagnie.
- Je suis heureuse de te les faire découvrir, Noaïeva.

Il lui rendit son sourire. Ils restèrent ainsi un temps, souriants et les yeux dans les yeux.
- Où veut dormir mon Noaïeva ?, s'enquit-elle alors joyeusement.
- Pourquoi, il y a cent dix possibilités ?, répondit-il sur le même ton enjoué.
- Bien plus que cela !
Un lit de fer forgé apparut alors flottant dans la pièce. Puis un autre, bleu, un autre encore en pin. Un dizaine de lits se matérialisa ainsi dans la pièce.
- Woaw !, souffla Noa.
- Ce que tu veux, annonça-t-elle fièrement.
- Hmmmm, réfléchit-il. Ma chère petite bonne fée, je voudrais un lit de fer forgé blanc bordé de draps bleu marine, un oreiller et un matelas en plumes et un fin drap de lin blanc par-dessus.
Le lit apparut à côté d'eux.
- Et ?
- Je voudrais qu'il se trouve là où la nuit admirée est la plus belle et où le soleil éclaire le jour de ses premiers rayons. Là où la vue sur ton beau pays est la plus enchanteresse.
Le lit s'envola alors lentement vers l'endroit décrit par Noa. Il reflétait déjà les pâles éclats de la lune. Noa contemplait les reflets dansants sur les draps tandis qu'Alienava tendait la joue. Il la remarqua enfin :
- On ne dit même pas merci, mal poli ?
Il l'entoura de ses bras et des ailes bleu azur percèrent alors dans son dos. Il s'envola et posa un gros baiser sur la joue de la jeune fille éberluée. A portée de son lit, il la déposa avec délicatesse et se coucha sur elle.
- Noaïeva ! Tu voles !
- Oui, mon Aeva, comme toi..., murmura-t-il tendrement à son oreille.
Ses belles ailes bleues traversées de fils argentés se replièrent dans son dos nu tandis qu'il s'endormait. Elle caressa ses belles boucles brunes. Dans celles-ci scintillaient à présent de brillants reflets bleus. Elle devina les lueurs bleues derrière ses paupières closes sur ses yeux sombres. Son visage respirait le bonheur d'un enfant comblé.

# Posté le mardi 05 septembre 2006 12:10

Modifié le vendredi 15 décembre 2006 12:38

Iliaféen 9

Iliaféen 9
Noa s'éveilla aux premiers rayons du généreux soleil viltaniolien. Il lui semblait flotter dans un bain de quiétude, de joie et de clarté. Quand l'envie lui prit de sortir du lit, il remarqua avec stupéfaction les ailes bleues dans son dos. Emerveillé, il voleta jusqu'au sol. Il aperçut alors Alienava endormie sur un matelas blanc, voilé d'un drap de fin lin blanc. Elle était simplement vêtue d'une nuisette blanche et elle étincelait à la lueur du soleil. Il la contempla un instant puis se retourna vers la baie vitrée. La vue, comme la veille, le laissa muet d'ébahissement. Des oiseaux argentés volaient paresseusement au-dessus des flots écumeux du fleuve, brillant comme un écrin de diamants. Il s'imagina survoler le fleuve d'au-delà les fins nuages. L'envie lui parut irrésistible et un point grandit dans son ventre. Il se rapprocha de la vitre pour se réconforter de sa fraîcheur mais il ne rencontra pas d'obstacle entre le ciel et lui. Sa douleur au creux de l'estomac disparut dès qu'il l'eût remarqué. Ses ailes frémirent dans son dos, s'ouvrirent et sa jambe tapa un grand coup par terre et le projeta au beau milieu du ciel. Le vent soufflait dans ses cheveux et il ne put retenir un cri de joie. Planant un instant, il profita des tièdes rayons de soleil sur son visage. Désireux de le sentir plus ardemment, il vola à toute vitesse dans sa direction. Il atteignit les nuages et s'amusa à les traverser, à glisser sa main dans leur douce texture. Il frémit de bonheur, monta plus haut encore. La brûlure soudaine du soleil se mêla à son sentiment d'exultation. Il se coucha alors sur le dos, les bras par-dessus la tête et se laissa entraîner vers le sol. Lentement, il descendit au gré du vent et contempla les nuages rétrécissant au-dessus de sa tête. Il tourna sur lui-même, prit de la vitesse et alla effleurer la surface des flots. L'eau froide apaisa son corps brûlant. Eperdu de bonheur, il s'abandonna aux réflexes de vol que son corps acquerraient.

Alienava s'étira dans son lit rougi par les rayons du soleil. Elle sourit de délice et sentit sur sa peau nue un fin courant d'air. Etonnée, elle se leva. Effectivement, la vitre avait disparu. Elle s'avança et chercha vainement son contact. Un esquisse de sourire se dessina sur ses lèvres et elle se retourna vers le lit vide et défait de Noaïeva. Elle s'assit au bord de la fenêtre et distingua son ami dans l'immensité des cieux. Ravie, ses ailes se déployèrent dans son dos et elle décolla. Elle fonça jusqu'à un petit point noir et quand celui-ci eut pris forme humaine, elle ralentit. Noa tournoyait sur lui-même, se prélassait, les yeux clos, du doux parfum de ce matin de printemps. Il perçut dans l'air une nouvelle odeur, envoûtante et connue mais il ne parvint pas de suite à l'identifier. Il ouvrit les yeux et aperçut Alienava à ses côtés. Elle l'observait en souriant.
Il lui sourit et se rapprocha d'elle par petits coups d'ailes. Ses yeux pétillaient de bonheur.
- Je comprends pourquoi tu étais si triste chez nous. C'est tellement merveilleux ici, tellement grisant et relaxant. Je voudrais toujours rester ici avec toi, murmura-t-il.
Elle sourit, fière de son ami. Elle lui adressa un clin d'oeil :

- Petite course ?, proposa-t-elle.
- Premier arrivé chez toi ?
Elle ne répondit pas, prit de l'élan et partit. Il fonça tel une fusée à sa suite et tous deux lièrent leurs mains et hurlèrent à l'unisson.
Epuisés, transpirants et haletants, ils étaient couchés par terre dans le salon laissé au courant d'air. Elle se concentra sur le vent qui caressait sa joue et fronça les sourcils. Elle se redressa :
- Noaïeva ..., commença-t-elle. Mais, tu es encore ..., s'exclama-t-elle.
- Encore quoi ?, demanda-t-il, les yeux toujours clos et le souffle court.
Il sentit une vive chaleur entre ses cuisses. Il sursauta, se redressa et ouvrit les yeux. L'air malicieux, elle le regardait, la main suspendue en l'air. Il baissa les yeux et rougit de confusion. Il s'était endormi avant de se rhabiller et ne s'était pas rendu compte de sa nudité au réveil. Il ressentit à nouveau la boule au creux de son ventre, songea à la disparition de la vitre. Il se concentra et le malaise disparut tandis que les picotements déjà familiers lui indiquaient qu'il avait réussi. Une bande de tissu s'était matérialisée autour de ses reins. Il sourit de satisfaction et guetta sa réaction. La bouche grande ouverte, Alienava admirait le pagne de Noaïeva.

- C'est ... c'est donc bien toi qui as fait disparaître la vitre, dit-elle.
Il éclata de rire, bien vite coupé par Alienava.
- Et bien, tu vas t'empresser de l'y remettre, s'exclama-t-elle, faussement fâchée.
Noaïeva, figé dans son sourire, la fixa de son beau regard charmeur et mystérieux tandis que peu à peu, la vitre se reconstituait dans son dos. Ce fut au tour de la jeune viltaniolienne d'éclater de rire.
- Alors, mon petit sorcier, tu me la dédicaces, ton oeuvre ?
Il éclata à nouveau de rire mais une fine inscription se grava dans le bas de la vitre « En souvenir de ce premier vol avec toi. Noaïeva. »
Elle la lut et sourit. Elle disparut alors en fines particules dorées. Elles tournoyèrent autour de lui tandis que Noaïeva sombrait dans un sommeil éveillé. Quand il reprit connaissance, une odeur alléchante flottait dans l'air. Il se leva d'un bond, fit apparaître un jean, s'en vêtit et entra en trombe dans la cuisine. Une gigantesque table y flottait et des dizaines de plats traversaient la pièce. Des assiettes voletaient jusqu'à la table où des serviettes se déposaient avec soin sur celles-ci. Les légumes se coupaient tout seuls et les blancs d'oeufs étaient battus en neige. Alienava flottait paisiblement dans cette cacophonie et lisait.

# Posté le mardi 05 septembre 2006 12:18

Modifié le dimanche 01 octobre 2006 12:49