Iliaféen 1

Iliaféen 1
Les yeux dans le vague, Noa contemple son plafond. Comme bien souvent en ce moment, il est perdu dans ses pensées, mâchoire crispée et malgré cela, ses yeux pétillent...


Alexandra court parmi les arbres aux feuillages décolorés. Leurs branches laissent percer les rayons du soleil couchant. Elle rêve tandis de fines particules, telles des paillettes, commencent à voltiger autour d'elle...

# Enviado el lunes 07 de agosto de 2006 15:12

Modificado el miércoles 09 de agosto de 2006 14:00

Iliaféen 2

Iliaféen 2
Noa parcourait chaque jour la distance qui le séparait de son lycée accompagné de son meilleur ami, Matthieu. Arrivés, ils rejoignaient ceux avec qui ils effectuaient les 400 coups depuis 4 ans, Edouard et Guillaume. Ce matin-là, ils entamèrent une discussion sur leur sujet favori : jeux vidéo ! Noa leur détaillait le dernier niveau de Warcraft III quand il aperçut une fille. Il flasha instantanément : grande, formes et lèvres généreuses, sourire ravageur. Ses amis suivirent son regard :
- Future cible en vue. Fiche d'identité : Charline Arzone, 16 ans, étudiante au lycée St-Jean. Chargé !, se moqua Matthieu. Les multiples touches et conquêtes de son ami l'avaient toujours beaucoup amusé ...
Le jeune homme lui décocha un regard meurtrier. La sonnerie les interrompit, il était l'heure d'aller en cours.
Noa s'assit à côté de Guillaume. Pensant à haute voix, comme à l'accoutumée, il marmonna tout en sortant ses cahiers :
- Pourquoi ces foutues heures sont-elles si longues ?
Guillaume sourit et lui répliqua :
- Ce ne sont pas les heures qui sont longues. C'est le manque qui développe l'attente et l'attente qui transforme les secondes en heures. D'où ce sentiment de longueur.
Noa sursauta, il ne s'était une fois de plus pas aperçu qu'il faisait profiter tout son entourage de chacune de ses pensées.
- Et qu'est l'origine de ce manque, docteur ?, rétorqua-t-il.
Matthieu et Edouard qui suivaient la conversation, ripostèrent d'une même voix depuis le banc voisin :
- Cliché habituel, très cher ! L'amour !
Et comme d'habitude, Noa ronchonna avant d'amorcer leur phase de préparatifs :
09h55 : les 4 garçons rangent leurs cours. Plan d'attaque prêt.
10h : mise à feu, série de jongles et d'acrobaties footballiptiques, approche du sujet.
10h02: explosion, Noa réceptionne et bouscule la victime. Rattrapage "in extremis", sourire charmeur.
10h03: échec, erreur de nanas.
10h03 et quelques secondes : une vague s'écrase sur les berges de son coeur. Il la ballaie tout en lâchant la jeune fille qu'il a confondue. Pivoine, il tourne les talons et rejoint l'équipe.
10h05 : résultat, mission 1 échouée. Entrée en piste d'un involontaire prédateur.
Fiche technique : Alexandra Eliané, 15 ans, petite, mince, yeux bleus, cheveux blonds, étudiante au lycée St-Jean.
10h06 : mise en commun :
- Olà, pas mal le jeu de balles, Noa !, lance Guillaume.
- Le coup d'oeil fut nettement moins remarquable, très cher !, ironise Edouard.
- Vous n'avez rien compris les gars ! Hé, respect, vous avez un maître en face de vous : draguer une fille en câlinant sa meilleure amie ! Et un acteur divin qui plus est, qui mimerait mieux l'étonnement ?? N'est-ce pas, Noa ?, acheva Matthieu.
Les 3 garçons éclatèrent de rire, bien vite suivis par Noa.




La meilleure amie en question se releva, aidée de Manon. Les 5 filles avaient, elles aussi, remarqué les garçons et Charline s'en était montré folle de joie le matin-même. Le fait que Alexandra se soit retrouvée dans les bras de Noa ne l'enchanta guère mais avec son égoïsme habituel, elle rétorqua crânement qu'il s'était bêtement trompé. L'insulte blessa Alexandra qui en resta pourtant là.




A peine rentré, Noa reçut un message " Hello, je suis folle de ton visage quand il est tout concentré. Bisous... où tu veux. Charline." Il sourit et rempocha son portable. Une petite heure plus tard, il chantait en choeur avec la musique à fond :
- Frakasse, frakasse, frakasse smala !
- Noa ?
- ... Smala !
- Noa !
- On va vous prendre avec nous...
- NOA !
Léa, sa soeur de trois ans sa cadette, coupa la musique.
- Hé, la star, il y a quelqu'un pour toi !, lâcha-t-elle, excédée en sortant.
Sur le pas de la porte attendait Charline, encore moins vêtue que deux heures auparavant.
- Salut beau brun...
Elle caressa le menton de Noa du bout du doigt en collant sa volumineuse poitrine contre le torse nu du jeune homme.
Amusé, Noa lui donna le change :
- Salut belle blonde. Tu rentres ou tu continues à faire baver le voisin d'en face ?
- Je préférerais faire baver quelqu'un d'autre, répliqua-t-elle, charmeuse. J'ai des chances, tu crois ?
- Rentre toujours, répondit-il dans un sourire.
Cinq minutes plus tard, Charline, nue, achevait de déshabiller Noa en l'embrassant furieusement.

# Enviado el lunes 07 de agosto de 2006 15:41

Modificado el jueves 31 de agosto de 2006 13:23

Iliaféen 3

Iliaféen 3
Alexandra se rendait au lycée avec son frère aîné, Axel. Le lendemain de son entrevue avec Noa, Charline emmena tout naturellement ses copines auprès des garçons. L'ambiance y fut directement chaleureuse. Seule Alexandra, les traits tirés, gardait le silence. A table, Guillaume interrogea Manon à son sujet:
- Ne t'inquiète pas, Alex est souvent comme ça, le rassura-t-elle.
- Et vous ne lui en avez jamais demandé la raison ?
- Oh si bien sûr !
- Et ?
La jeune fille haussa les épaules.
- Cela arrive une ou deux fois par mois mais elle n'a jamais daigné nous expliquer quoique ce soit. Elle est très mystérieuse. Je la connais depuis nos 7 ans et il en a toujours été ainsi.
Matthieu, qui avait suivi la conversation, observa la jeune fille : petite, chétive même, elle avait un visage légèrement allongé par son front large encadré de courts cheveux clairs et éclairé par de pétillants yeux bleus. Ses lèvres étaient fines et roses et son nez parsemé de tâches de rousseur. Belle n'était pas le mot mais elle avait quelque chose de touchant dans le regard.

Pourtant, le regard de Matthieu ne cessait de dévier vers la souriante Victoria...
Noa et Charline retournèrent ensemble, escortés par Matthieu et Alexandra. Au bout d'une dizaine de flirts interminables, ils abandonnèrent Charline devant chez elle. Matthieu prit ensuite congé, laissant Noa et Alexandra seuls.
Alexandra ne répondit que par monosyllabes malgré les multiples questions dont la bombarda Noa. Les 6 rues qu'ils traversèrent ne parurent cependant durer que quelques secondes pour Noa. Poursuivant seul son chemin, il s'interrogea sur cette fille si mystérieuse et charismatique.

Alexandra, quant à elle, restée perdue dans sa rêverie, bâcla son travail et partit courir.
Noa s'occupa du petit benjamin de la famille, Hugo et joua avec Matteo. Dès le retour de sa soeur, il céda à son besoin d'oxygène. Armé de son VTT, il sprinta vers les bois. L'air était doux, le soleil chauffait encore ses épaules nues. Le vent tiède entremêlait ses longs cheveux châtains. Il se laissa submerger par ses idées : Charline le comblait vraiment mais autre chose le tracassait. Il y réfléchissait quand il reconnut la frêle silhouette d'Alexandra. Il la rejoignit et comme elle ne se rendait de sa présence, il la suivit. Elle le remarqua enfin et, apparemment apaisée, le salua d'un sourire. Après s'être arrêtés discuter, elle lui proposa une course qu'il accepta avec plaisir. Ils coururent jusqu'à en perdre haleine en riant. A bout de souffle, ils se laissèrent tomber sur un lit de feuilles. la nuit s'était levée et avec elle, une myriade d'étoiles scintillait dans le ciel...

# Enviado el lunes 07 de agosto de 2006 16:17

Modificado el miércoles 09 de agosto de 2006 14:32

Iliaféen 4

Iliaféen 4
Les jours virent se lier le petit groupe. L'histoire entre Noa et Charline pataugeait un peu mais ni l'un ni l'autre ne semblait y attacher d'importance. Alexandra se montrait bien plus souriante et loquace que le premier jour et chaque soir, Noa et elle se retrouvaient pour courir et se séparaient toujours à la lueur des astres nocturnes. A l'école, leurs sourires trahissaient leur complicité bien qu'ils n'abordèrent jamais le sujet de leurs entrevues avec leurs amis. Comme le premier soir, ils s'asseyaient des heures durant et discutaient de tout et de rien. Noa lui raconta sa vie depuis la mort de sa mère, la passion de lire qu'elle lui avait transmise et qu'Alexandra semblait partager, l'adoption de Matteo et Hugo, les absences de son père, la guitare... Alexandra resta fort mystérieuse, lui expliqua qu'elle vivait avec Axel et leur nourrice, Mme d'Elnoy. Sa vie et ses rêves tenaient dans des lignes et des mots qu'elle dévorait avec plaisir et qualifiait de trésors de cette planète. Quand la lune venait éclairer le ciel, ils se couchaient côte à côte et admiraient le ciel. Un jour, cependant, la morosité d'Alexandra sembla revenir à la charge.Noa s'en inquiéta mais à bout de silences et de regards insistants d'Hélène, il finit par tenter de porter ailleurs son attention. Il n'y parvint que bien mal et rentra chez lui soucieux. A peine son cours d'anglais ouvert, son portable sonna :
- Noa ?
La voix de Charline semblait avoir perdu de sa chaleur. Il remarqua qu'il avait effectivement eu bien peu d'attention à son égard et n'avait pas noté que celle-ci ait très mal pris les regards connivents qu'il partageait avec Alexandra.

- Salut Charline ! Comment vas-tu ?
Jouant l'indifférence, il ne put néanmoins s'empêcher de s'inquiéter.
- Ah, super ! Je suppose que toi aussi..
- Euh... et bien, oui, merci. Il y a un problème ?
- C'est à toi que je comptais poser cette question.
- Mais moi, tout va bien ! Je souris, l'anglais sourit, mes frangins sourient, toute la vie sourit ! Enfin, excepté toi, apparemment...
- Fais l'innocent !
- Désolé Charline, mais je ne te suis pas trop là ! Enclenche la phase explications, s'il te plaît.
- Tu m'étonnes que tu souries ! En se payant 2 nanas à la fois, on est rarement de mauvaise humeur !
- Par contre, toi, t'es de super mauvais poil ! Et si la raison en est l'ineptie que tu viens de me balancer, tu peux retourner te coucher, ma belle !
- Tu vas me dire que tu ne te fais pas Alex alors que l'on est ensemble ?, hurla-t-elle.
- Exaxtement, poursuivit-il sur le même ton sec et froid.
- Et ça signifie quoi ces petits regards doux ? Tu n'imagines pas combien ça m'insupporte !
- Charline, tu as fumé quoi, Bon Dieu ?
- Bon, prenons les choses autrement, pourquoi tu ne me regardes plus ?
L'évidence que Noa avait niée, trop occupé par Alexandra, lui apparut :
- Je ne t'aime plus, Charl.
- Tu ne m'as jamais aimée ! Seul mon cul comptait, c'est ça ?
- Attends, qui est-ce qui, sans même connaître mon nom, est venue sonner chez moi et s'est déshabillée ? ça ne m'intéresse pas le cul, Charline ! C'est pour ça, et uniquement pour ça que nous n'avons rien à faire ensemble ! Trouve-toi un obsédé, il s'occupera de toi tout comme tu en rêves !
- Tu me traites limite de pute, là ? Dis seulement que ça ne t'a pas plu !
- Non, ça ne m'a pas plu ! Ma première fois, je la voyais avec une nana qui a un coeur !
- Qu'est-ce qu'un mec peut bien en avoir à foutre d'une fille sensible, sentimentale et tout ce foin là ??
Sa voix était à nouveau provoquante mais tout s'était éclairé dans l'esprit de Noa.
- Il en a à foutre que si on ne sortait tous qu'avec des postiches, on irait tous chez les putes et basta ! J'ai plus rien à te dire, Charline. Un débat sur mon style de filles n'est pas nécessaire mais quoiqu'il en soit, tu ne rentres pas dans la liste !

Et il raccrocha, soulagé. Il regarda l'heure : 18h20. "Mince !" Très en retard pour son habituel rendez-vous avec Alexandra, il dévala les escaliers en passant son trois-quart, se débarrassant de son T-shirt et laçant ses baskets. Il parvint, exténué, au bois mais ne vit pas Alexandra.
- Alexandra ? Alex, c'est moi !
Il tourna et retourna une longue demi-heure dans le bois avant de s'affaler par terre. Il rouvrit les yeux et remarqua l'ombre d'une jeune fille volant entre les arbres. Se levant d'un bond, il l'observa plus attentivement. Mort d'inquiétude, il reconnut Alexandra malgré les mèches mauves quiparsemaient ses cheveux et les fines ailes violacées dans son dos. Hurlant son nom, il la suivit d'en bas jusqu'au lever des étoiles. Alexandra prit alors encore un peu d'altitude avant de soudain, paraître exploser. La lueur éblouit Noa et quand il put rouvrir les yeux, il était allongé sur l'herbe humide, la jeune fille à ses côtés.
Inconsciente, dévêtue de ses étranges vêtements, ses mèches et ses ailes avaient disparu. Noa serra son corps nu contre lui et la recouvrit de son pull. Il l'appela tendrement et lui caressa le visage, tout abassourdi par la scène à laquelle il venait d'assister. Elle revint enfin à elle, ses yeux habituellement si bleus, semblaient diffus. Il dégagea brusquement sa main du visage de son amie.
- Alexandra, comment te sens-tu ?
Encore trop hébétée pour s'apercevoir de sa nudité, elle lui sourit.
- Que t'est-il arrivé ?
Ses yeux à nouveau clos se rouvrirent subitement.
- Pardon ?, s'exlama-t-elle en se levant d'un bond, tu m'as vue ?
Elle se rendit alors compte de sa tenue, vira à l'écarlate et des larmes perlèrent au coin de ses yeux.
- Alex, que t'arrive-t-il ? Pourquoi pleures-tu ?
A bout de force, de gros sanglots gonflant sa poitrine encore en grande partie dénudée, elle s'enfuit en courant.

# Enviado el martes 08 de agosto de 2006 10:58

Modificado el jueves 31 de agosto de 2006 13:30

Iliaféen 5

Iliaféen 5
Le lendemain, Noa n'osa même pas lever les yeux vers elle et elle-même n'adressa la parole à personne. Un message de Charline attendait Noa à son retour : " J't'en supplie Noa, pourquoi tu fais ça ? je t'aime ! Réponds stp." Etonné mais le coeur déjà trop lourd, il ne répondit pas.


Depuis quelques soirs, Noa songeait longuement les yeux rivés au plafond.
Ses conversations avec Alexandra lui manquaient.


Alexandra, quant à elle, courrait dans les bois. Déjà ses cheveux dorés reprennent leur teinte mauve.


Alors que le soleil éclairait le monde de ses derniers rayons de la journée, Noa craqua et fonça vers les bois. Il les traversa, tel une flèche, persuadé de l'endroit où la trouver. Effectivement, Alexandra gisait nue et inconsciente au centre de la clairière.
Il la berça et la couvrit tendrement et, pour ne pas réitérer son erreur, il quitta les lieux avant qu'elle n'ouvrit les yeux. Il en fit de même chaque jour qui suivit. Ces vols semblaient profondément accabler la jeune fille, de plus en plus silencieuse. Pour combler son désarroi, Noa écrivit des morceaux de musique qu'il jouait à la guitare. Un soir où le vent soufflait fort, il eut la conviction de trouver Alexandra dans les bois et consciente.



Alexandra achevait de se transformer en décollant : une fine robe rose, ses mèches mauves et ses fines et jolies ailes étaient apparus.
Noa eut juste le temps de lui saisir la main, il n'avait pas encore levé les yeux vers elle qu'un éclair traversa le ciel et tout se mit à tourner.


Quand il recouvra ses esprits, il se trouvait allongé dans une clairière faiblement éclairée d'un feu de camp brûlant tout près de lui. Une odeur de pin, d'herbe humide et de violette étourdissaient ses pensées encore confuses. Il alla s'assoir auprès du feu et découvrit une jolie fée mauve. Celle-ci lui souriait tandis qu'il se réchauffait face à elle.
- Comment te sens-tu ?, lui demanda-t-elle.
Ses grands yeux bleus avaient des reflets violacés assortis à ceux qui coloraient ses cheveux blonds. Comme beaucoup de fée, pensa Noa, elle avait le corps svelte couvert partiellement d'une fine robe. Sur celle-ci voletaient de petits papillons violets.
Ses bras, son dos et une grande partie de ses longues jambes étaient nus. deux fines ailes d'un mauve transparent ornaient son dos.
- Bien, merci, répondit-il timidement.
- Je t'ai connu plus enthousiaste, Noa.
Ce dernier releva la tête, la jeune fille lui sourit.
- Vous connaissez mon nom ?, parvint-il à articuler.
- Mais, Noa, je te côtoie depuis début septembre, je me souviens tout de même de ton prénom.
Les rouages du cerveau de Noa se remirent enfin à fonctionner.
- A...Alex...Alexandra ?, bégaya-t-il.
- Mais oui, bêta ! Tu ne m'avais pas reconnue ?
Elle passa ses doigts dans ses cheveux. Son sourire s'effaça.
- Ah oui, je comprends maintenant.
- Où sommes-nous?, demanda Noa.
- Dans le bois d'Helenskäf, au nord d'Ilniaria. Mais tout ceci ne doit pas te dire grand chose, ajouta-t-elle.

Les yeux foncés de Noa s'ouvrirent de stupéfaction.
- Où as- tu dit ?
- Dans le bois d'Helenskäf.
- Mais... quel est cet endroit ? Où sommes-nous ?
- Ce pays ne fait pas partie de ton monde, Noa.
- Mon monde ? Que veux-tu dire ?
- Si tu me laissais parler, peut-être serais-tu plus éclairé, Noa.
- Excuse-moi.
- Tu es dans un monde appelé Viltaniola. Je suis née ici sous le nom d'Alienava.
- Et Axel ?
- Alegriano, il est vraiment mon frère. C'est pour lui que je suis revenue plus tôt.
- Pourquoi ?
- Il est tombé fort malade. Si je reviens assez couramment, Alegriano, lui, n'en a pas la capacité. Si tu savais comme je m'en veux...
- Mais, ce n'est pas de ta faute, Alex...Alienava.
- C'est moi qui l'ai emmené chez toi.
- Pourquoi ?
- Il y a 10 ans, quand j'ai décidé de quitter Viltaniola pour ton monde...
- Pourquoi ?
- Mais tu as rayé ton disque ou quoi ?
- Oh, pardonnez-moi, très chère. Auriez-vous l'amabilité de me donner les raisons de cette décision ?

Alienava éclata de rire.
- Pourquoi ? Ton monde me fascinait. J'ai appris son existence en deuxième année, ce qui correspond à la deuxième maternelle chez vous. Deux ans plus tard, j'équivalais à nos experts.
- A 6 ans ?
- A 3 ans, nous apprenons à lire ici. Et à 7 ans, j'ai quitté Viltaniola avec Alegriano qui ne pouvait se résoudre à me laisser partir seule.
- Et donc, tu reviens souvent ici ?
- Chaque mois de chez vous, je me rends dans ce bois dans lequel nous nous retrouvions pour reprendre mon apparence normale à l'abri des regards.
Noa observa les mèches violettes dans ses cheveux blonds, les étincelles mauves dans ses yeux, les belles ailes et ses vêtements étranges et si beaux à la fois.
- Pourquoi êtes-vous ainsi ?
- Et vous, pourquoi êtes-vous comme cela ? Chez nous, les enfants naissent dans des pots, comme ceux dans lesquels vous mettez vos plantes. Quand ils viennent au monde, ils possèdent déjà de petites ailes dans leur dos.
- Ils savent déjà voler ?
- Tu es fou ! Non, ils apprennent cela à l'Ischian à 3 ans.
- L'Is-truc, c'est quoi ?
- L'Is-CHIAN, l'école quoi. Donc, je reviens ici deux jours de chez vous qui durent en fait 27 jours ici. J'en profite pour poursuivre mon éducation. Quant à ce qui est arrivé aujourd'hui, je ne sais pas....
- Moi non plus, je t'ai attrapé la main et me suis évanoui.
- C'est étrange... Demain, nous irons voir mon oncle. Il nous répondra sûrement.
- Demain ? Mais mon père va s'inquiéter !
- Mais c'est qu'ils ne mentaient pas les prof en disant que tu étais l'élève le plus dissipé à qui ils aient jamais enseigné !
- Pourtant, tu donnes bien plus l'envie d'écouter qu'eux, souffla-t-il en souriant.
- Charmeur !
Noa éclata de rire.

- Quand nous repartirons à la prochaine Niuvia, seule une nuit se sera écoulée chez toi et te connaissant, ton père ne s'inquiétera pas pour une nuit.
- N'insinuerais-tu pas que je sois un enfant récalcitrant ?
Alienava éclata de rire à son tour.
- Que veut dire Niuvia ? , ajouta-t-il, plus sérieux.
- La lune, la prochaine lune, Noa.
L'astre baignait la nuit de sa pâle couleur blé. Noa s'allongea dans l'herbe humide et contempla les myriades d'étoiles dans le ciel. Le feu s'était réduit à de rougeâtres braises. Leur lueur projetait des ombres sur les arbres voisins. Alienava sortit d'un sac une couverture.
- Nous devrons nous contenter d'une seule.
- Pas de problème.
Elle étendit la couverture sur eux et se rapprocha de lui pour que la couverture les recouvrit tous deux. Noa frissonna :
- Tu as froid ?
- Non, non, ça va...
Un silence apaisant s'installa sur leur petit campement.
- Ton prénom a une signification ?, demanda Noa en rompant ce silence.
- Comme toute chose ici. Alienava signifie étoile filante.
Noa se tourna vers elle et l'observa attentivement. Effectivement, des étoiles scintillaient dans les reflets mauves de ses yeux. Admirant la beauté de ceux-ci : intensité de bleu mêlée à ces nuances mauves pétillantes, il ne remarqua pas qu'elle s'était également retournée vers lui. Il sursauta en l'entendant éclater de rire.

- Qu'y a-t-il ?
- Mais rien, bafouilla Noa.
- A quoi pensais-tu ?, lui demanda-t-elle, plus sérieusement.
- A... à rien, répondit-il écarlate.
Elle voulut réattaquer mais il fut plus rapide :
- Pourquoi dis-tu que tu disparais deux jours de chez nous alors que je te voyais chaque soir ?
Son air amusé s'envola et elle soupira :
- Je n'étais pas censée partir et c'était très compliqué de quitter ton monde en dehors des jours prévus.
- Que veux-tu dire ?
- Quand je rejoins ce monde, je me fais aider d'un sortilège mensuel qu'il me suffit d'activer. Mais ces derniers temps, je devais me contenter de ma propre - mais bien moins puissante - magie. C'est pour cela que tu pouvais me voir, je ne quittais ton monde que spirituellement.
- C'est pour cela que tu usais tant de ton énergie ?
- Oui, j'ai eu un mal fou à ramener Alegriano en Viltaniola et m'y rendre chaque jour me demande beaucoup de forces.
- Que lui est-il arrivé ?
- Nos ikyones - médecins - pensent que son mal est dû à l'éloignement de son monde. Alegriano ne possède que de très faibles pouvoirs et il ne peut venir se régénérer que tous les quatre mois. Je m'en veux terriblement de l'avoir entraîné avec moi. Il n'a jamais été vraiment heureux chez toi.

- Et s'il reste pour de bon ?
- Je ne sais pas. Ma force vitale est liée à mon skiarn.
- Skiarn ?
- Frère. Soeur se dit également skiarn en viltaniolien.
- On ne distingue pas le masculin du féminin en viltaniolien ?
- Non, le genre et le nombre est précisé par le déterminant. As marque le féminin singulier et es le masculin. Pour le pluriel, on y ajoute le suffixe -de.
Noa étudia ces propos avant de demander :
- Mon nom a-t-il une traduction chez toi ?
- Noa... Je ne sais pas. Nous demanderons cela demain à mon oncle. Dormons un peu à présent. Bonne première nuit chez moi, Noa.
- Bonne nuit à toi aussi, Alienava.

# Enviado el martes 08 de agosto de 2006 16:06

Modificado el martes 19 de diciembre de 2006 12:11